Gérer les algues naturellement : le guide de l'équilibre
F. Mattierdelen
Arrêtez tout. Posez ce flacon d'anti-algues. 🛑
Je sais ce que vous ressentez. Vous aviez imaginé un paysage aquatique immaculé, digne des plus belles photos d'Instagram, et vous voilà face à des vitres verdies, des pierres brunies ou des filaments qui s'accrochent à votre décor.
La première réaction ? La panique. La seconde ? L'envie de tout "karchériser" à coup de produits chimiques.
C'est là que je dois intervenir avec un peu de "bon sens paysan". Un aquarium stérile, sans la moindre trace d'algue, c'est comme une forêt sans mousse ou un jardin sans "mauvaises herbes" : ça n'existe pas dans la nature (ou alors, c'est que le sol est mort).
Dans un écosystème Low Tech et naturel, l'algue n'est pas une ennemie. C'est une messagère. Apprenons à décoder ses messages plutôt que de vouloir la faire taire.
1. Pourquoi l'approche chimique est une impasse toxique ☠️
Utiliser un algicide, c'est un peu comme mettre de la poussière sous le tapis en espérant qu'elle disparaisse. C'est un cercle vicieux dangereux pour votre bac :
- L'algicide tue l'algue (certes).
- L'algue morte se décompose. Cela crée une masse de déchets organiques qui pollue l'eau.
- Pic de pollution. Cette décomposition libère des Nitrates et des Phosphates... qui sont exactement la nourriture préférée des futures algues !
- Dommages collatéraux. Souvent, ces produits sont nocifs (voire mortels) pour votre microbiote, vos escargots (Néritinas, Planorbes) et la microfaune qui travaillent pourtant à l'équilibre du bac.
Bref : en voulant nettoyer, vous préparez le terrain pour une invasion encore plus massive deux semaines plus tard. Oubliez la chimie, place à la biologie.
2. Le langage des algues : que disent-elles de votre eau ? 🔍
Avant d'agir, il faut comprendre. Une précision importante : quand on parle "d'algues vertes" ou "brunes", ce ne sont pas des espèces uniques. Ce sont de grandes familles regroupant des centaines d'espèces différentes. Mais elles ont souvent les mêmes causes.
Les Algues Brunes (Diatomées) : les Pionnières
Elles forment un dépôt brunâtre sur les vitres et le décor. Pas de panique ! C'est le grand classique du démarrage. Elles apparaissent souvent dans les bacs jeunes (moins de 3 mois) ou mal éclairés. Elles se nourrissent de silicates souvent présents dans l'eau du robinet ou le sable neuf.
Le conseil : patience. Elles disparaissent souvent toutes seules quand le bac mûrit. Vos escargots (Planorbes, Physes) et crevettes vont se régaler.
Les Algues Filamenteuses (Cheveux verts)
De longs filaments verts qui s'accrochent aux plantes. Elles indiquent souvent un déséquilibre entre l'éclairage (trop fort ou trop long) et les nutriments disponibles. C'est souvent le signe d'un pic de fer ou de nitrates.
Le conseil : réduisez légèrement la durée d'éclairage et ajoutez des plantes à croissance rapide pour leur couper l'herbe sous le pied.
Les Algues Pinceaux (Barbe Noire) : les Coriaces
Ce sont de petites touffes sombres (noires, grisâtres ou rouges) très accrochées, souvent sur les bords des feuilles ou le décor. Ce sont des algues rouges (Rhodophytes). Elles profitent souvent d'une eau dure, d'un courant fort mal dirigé ou d'une fluctuation de CO2.
Le conseil : elles sont dures à déloger. Coupez les feuilles trop atteintes et introduisez des plantes flottantes pour tamiser la lumière.
L'Eau Verte (Bloom)
L'eau devient une soupe de pois. C'est une explosion de micro-algues unicellulaires flottantes.
Le conseil : c'est le moment de sortir l'arme secrète vivante (les Daphnies, voir plus bas !).
Les Cyanobactéries (Algues bleues/grasses)
Attention, ce ne sont pas des algues, mais des bactéries photosynthétiques. Elles forment un tapis gluant, vert foncé ou bleuâtre, qui sent fort. Elles profitent souvent d'un déséquilibre nitrates/phosphates (souvent un manque de nitrates !) ou de zones où l'eau circule mal.
Le conseil : aspirez-les immédiatement, brassez l'eau et utilisez des plantes concurrentes.
3. La boîte à outils naturelle d'Aquazolla : la concurrence nutritive 🛠️
Le secret n'est pas de tuer les algues, mais de les affamer. Comment ? En introduisant des plantes supérieures qui mangent plus vite qu'elles.
L'Azolla : l'arme fatale anti-phosphates
Cette petite fougère flottante a un secret incroyable. Contrairement aux autres plantes qui dépendent de l'azote présent dans l'eau (nitrates) pour pousser, l'Azolla est capable de capter l'azote gazeux directement dans l'air !
Pourquoi est-ce génial contre les algues ?
Comme elle n'est jamais limitée en azote (il y en a plein l'air), elle va chercher à équilibrer son régime en pompant massivement les phosphates présents dans l'eau. Or, les phosphates sont souvent le déclencheur des invasions d'algues. En les privant de ce nutriment, l'Azolla affame littéralement les algues.
Les "Formules 1" : Cératophylle et Élodée
Pour gagner la course, il vous faut des plantes qui poussent vite. Très vite.
La Cératophylle et l'Élodée (Elodea densa) sont de véritables pompes à nutriments. Elles consomment nitrates et oligo-éléments avant que les algues n'aient le temps de s'installer.
Le bonus anti-cyanos : l'Élodée et sa cousine l'Egeria Najas sécrètent des substances naturelles qui inhibent la croissance des Cyanobactéries. C'est la guerre chimique végétale (allélopathie), et c'est 100% naturel.
🔗 Ceratophyllum demersum
🔗 Élodée (Elodea densa)
La filtration vivante : les Daphnies (ZollaBox)
Face à l'eau verte, la chimie est impuissante. Mais la Daphnie est reine. Ce petit crustacé se nourrit en filtrant l'eau : il mange les micro-algues responsables de l'eau verte.
Introduire une souche de Daphnies (via nos ZollaBox Eau Claire), c'est installer une station d'épuration vivante et comestible pour vos poissons.
🔗 ZollaBox Eau Claire (Daphnies vivantes)
4. La biodiversité et l'action mécanique : les finitions
Saturez l'espace
Plus vous avez d'espèces de plantes différentes, moins vous laissez de "niches écologiques" vides pour les algues. La biodiversité est votre meilleure assurance-vie. Mélangez flottantes, plantes à tiges et plantes à racines.
L'huile de coude (avec douceur)
Enfin, n'oubliez pas l'action manuelle.
- Retirez les algues filamenteuses en les enroulant autour d'un bâton ou d'une brosse à dents (la technique du spaghetti 🍝).
- Frottez les vitres avant votre changement d'eau.
- Mais n'y allez pas trop fort : le but est de contrôler, pas de stériliser.
Conclusion : patience et observation 🧘
Gérer les algues naturellement demande un ingrédient que l'on ne vend pas en flacon : la patience.
Un aquarium est vivant. Il a ses cycles, ses humeurs. Si des algues apparaissent, ne paniquez pas. Observez, ajustez la lumière, ajoutez quelques plantes rapides, introduisez des daphnies... et laissez la nature rétablir l'équilibre.
Acceptez un peu de vert, tant que vos plantes poussent. C'est le signe que votre bac est vivant.
➡️ Autre article sur le sujet : D’où viennent les algues en aquarium ? – Aquazolla




